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Cliniques (kinésithérapie)

Rééducation périnéale et post-partum : le guide complet

La rééducation périnéale est une prise en charge pluri-disciplinaire (sage-femme ou kinésithérapeute formé) recommandée après l'accouchement et dans plusieurs situations cliniques. Voici ce que disent la HAS, le CNGOF et la Cochrane sur ses indications, son déroulement, les 10 séances post-natales remboursées par l'Assurance Maladie, et le rôle des exercices.

· 11 min de lecture
Sommaire· 32 sections

Le périnée — ou plancher pelvien — est l'ensemble musculo-aponévrotique en hamac qui ferme le bas du bassin et soutient la vessie, l'utérus et le rectum. Après un accouchement, lors de la périménopause, ou face à des fuites urinaires d'effort, sa rééducation est l'une des prises en charge les mieux étudiées de la kinésithérapie. La Cochrane Review 2018 (Dumoulin et al., CD005654) confirme un niveau de preuve élevé pour le traitement de l'incontinence urinaire d'effort chez la femme.

Ce guide reprend ce que disent les recommandations de référence — la Haute Autorité de Santé (HAS 2003, HAS 2015), le CNGOF 2015 (recommandations post-partum), la Cochrane Review 2018 et la NICE Guideline NG123 (2019, mise à jour 2021) — pour vous aider à comprendre à quoi sert la rééducation périnéale, qui peut la pratiquer, comment se déroule une séance, quelles sont les 10 séances post-natales remboursées 100 % par l'Assurance Maladie, et la place des exercices type Kegel.

À retenir. La rééducation périnéale n'est pas systématique pour toutes les femmes après un accouchement. Elle est en revanche fortement indiquée en cas de symptômes (fuites urinaires, sensation de pesanteur, douleurs périnéales) et la décision se prend après un bilan périnéal réalisé par un professionnel formé : sage-femme (compétence reconnue par la loi, art. L4151-1 du Code de la santé publique) ou kinésithérapeute formé en rééducation pelvi-périnéale. Aucun exercice à domicile ne devrait être démarré avant ce bilan.

1. Le périnée et la rééducation périnéale : de quoi parle-t-on ?

1.1 Anatomie du plancher pelvien (vulgarisée)

Le périnée est composé de plusieurs couches de muscles tendus entre le pubis (en avant), le coccyx (en arrière) et les ischions (sur les côtés). Sa fonction est triple :

  • Soutien des organes pelviens (vessie, utérus, rectum) ;
  • Continence urinaire et fécale (les sphincters sont intégrés au périnée) ;
  • Rôle dans la sexualité et lors de l'accouchement (relâchement actif).
Lors de la grossesse, le périnée est sollicité par le poids de l'utérus gravide et par les modifications hormonales (relaxine). À l'accouchement, il subit un étirement majeur — voire une déchirure ou une épisiotomie. La HAS 2015 rappelle dans ses recommandations sur la sortie de maternité que le post-partum est une période physiologique où la fonction périnéale doit être évaluée.

1.2 Qu'est-ce que la rééducation périnéale ?

La rééducation périnéale est un ensemble de techniques visant à restaurer la fonction du plancher pelvien. La HAS 2003 (« Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne ») reste la référence technique :

  • bilan initial (interrogatoire détaillé, testing musculaire manuel, cotation force et endurance) ;
  • rééducation manuelle (prise de conscience, étirements, contractions guidées) ;
  • biofeedback (sonde vaginale ou anale, retour visuel/sonore d'une contraction) ;
  • électrostimulation périnéale (stimulation douce via sonde, en complément) ;
  • éducation thérapeutique (hygiène mictionnelle, posture, gestes du quotidien).
Le programme est personnalisé au terme du bilan. Il n'existe pas de protocole unique : une primipare sans symptôme, une multipare avec incontinence d'effort sévère ou une femme ménopausée avec prolapsus débutant ne suivront pas le même parcours.

2. Quand consulter en post-partum

2.1 La consultation post-natale entre J45 et J60

Le CNGOF 2015 et la HAS recommandent une consultation post-natale entre 6 et 8 semaines après l'accouchement (entre 45 et 60 jours environ). C'est lors de cette consultation que le médecin (généraliste, gynécologue ou sage-femme) évalue la nécessité d'une rééducation périnéale et la prescrit, le cas échéant.

2.2 Signes qui doivent vous alerter

Plusieurs signes peuvent justifier une rééducation périnéale, même au-delà des 6-8 semaines :

  • fuites urinaires à la toux, à l'éternuement, au rire, au sport (incontinence d'effort) ;
  • besoin pressant et impérieux d'uriner, parfois avec fuite (urgenturie) ;
  • sensation de pesanteur ou de « boule » dans le vagin (évoquant un prolapsus débutant) ;
  • douleurs périnéales persistantes, douleurs lors des rapports (dyspareunie superficielle) ;
  • incontinence anale aux gaz ou aux selles ;
  • diastasis des grands droits abdominaux (écartement de la ligne blanche) — voir Diastasis post-partum.

2.3 Drapeaux rouges : consulter rapidement votre MT ou votre gynécologue

Certains signes imposent une consultation médicale (et non kiné) en première intention :

  • douleur abdominale ou pelvienne intense persistante ;
  • saignement abondant au-delà des lochies physiologiques ;
  • fièvre > 38 °C ;
  • déhiscence ou écoulement d'une cicatrice d'épisiotomie ou de césarienne ;
  • signes d'infection urinaire ou de phlébite.
Avant tout démarrage de rééducation, ces situations doivent être écartées par le médecin traitant ou le gynécologue.

3. Sage-femme ou kinésithérapeute : qui fait quoi ?

3.1 Une compétence partagée par la loi

L'article L4151-1 du Code de la santé publique reconnaît à la sage-femme la compétence de pratiquer la rééducation périnéo-sphinctérienne en suite de couches. Le kinésithérapeute dispose de la même compétence (acte coté NGAP AMK 7,5, sous condition de formation post-diplôme spécifique).

Concrètement :

  • Sage-femme : majoritairement post-partum, suit la patiente depuis la grossesse, expertise sur la dimension obstétricale. Au-delà du post-partum (incontinence chez la femme ménopausée, prolapsus, indications hors-grossesse), la sage-femme peut intervenir mais le kinésithérapeute est plus souvent sollicité.
  • Kinésithérapeute formé en rééducation pelvi-périnéale : champ plus large, indications post-partum mais aussi incontinence à tout âge, prolapsus, post-chirurgie urologique (homme post-prostatectomie), endométriose, douleurs pelviennes chroniques, accompagnement périménopause.
Mayako utilise volontairement la formulation « kiné formé en rééducation pelvi-périnéale » : il n'existe pas de titre formel « kinésithérapeute pelvien » reconnu par l'Ordre des MK. La compétence repose sur une formation post-diplôme (DIU, DU, formation continue).

3.2 Comment choisir ?

Ni la HAS ni le CNGOF ne tranchent : le choix relève de la disponibilité, de la préférence de la patiente et de l'orientation du prescripteur. Sur Mayako, l'annuaire /annuaire/specialite/kine-pelvi-perineale recense les MK déclarant cette formation.

4. Les 10 séances post-natales prises en charge par l'Assurance Maladie

4.1 Le cadre Ameli (NGAP)

Après un accouchement, la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) prévoit la prise en charge à 100 % de 10 séances de rééducation périnéo-sphinctérienne (cotation AMK 7,5 pour le kinésithérapeute, cotation équivalente pour la sage-femme), sur prescription médicale, sans avance de frais possible avec le tiers payant intégral post-partum.

Conditions pratiques :

  • prescription par un médecin (MT, gynécologue) ou par la sage-femme qui suit la patiente ;
  • bilan périnéal initial facturé en sus des 10 séances ;
  • séances réalisées par sage-femme ou kinésithérapeute formé ;
  • au-delà de 10 séances, prolongation possible sur bilan kinésithérapique justifiant la poursuite (cotation à part).

4.2 « Faut-il faire systématiquement les 10 séances ? »

C'est une question pédagogiquement sensible. La position scientifique 2020+ est nuancée : la Cochrane 2018 confirme un effet net chez les femmes symptomatiques (incontinence urinaire d'effort, niveau A), mais l'effet préventif chez les femmes asymptomatiques est plus modéré. Plusieurs sociétés savantes, dont le CNGOF, plaident désormais pour un dépistage systématique (bilan post-natal) suivi d'une prescription ciblée plutôt qu'une prescription automatique pour toutes.

En pratique, le bilan post-partum décide. La meilleure alliée d'une rééducation efficace n'est pas le nombre de séances mais la qualité du bilan initial et l'adhésion au programme.

5. Déroulement type d'une séance

D'après la HAS 2003 et la pratique actuelle :

  • séance 1 — bilan : interrogatoire (antécédents obstétricaux, mictions sur 24 h, calendrier mictionnel), testing périnéal (cotation 0-5 force et endurance), évaluation diastasis abdominal, plan de soins.
  • séances 2-4 — prise de conscience : verrouillage périnéal volontaire, dissociation périnée/abdominaux, biofeedback éventuel.
  • séances 5-8 — renforcement : contractions de différents types (rapides « phasiques », tenues « toniques »), gestion de l'effort (toux, port de charge, squat).
  • séances 9-10 — réintégration fonctionnelle : exercices intégrés au quotidien, reprise progressive de l'activité physique, autonomie sur exercices à domicile.
Voir le détail des exercices dans Exercices de Kegel : muscler son périnée correctement.

6. Indications de la rééducation périnéale (au-delà du post-partum)

6.1 Incontinence urinaire d'effort

C'est l'indication la mieux étayée. La Cochrane 2018 (Dumoulin et al.) conclut à un effet statistiquement et cliniquement significatif de la rééducation périnéale comparée à l'absence de traitement, avec un niveau de preuve A. Détail dans Fuites urinaires chez la femme : ce que peut la rééducation périnéale.

6.2 Prolapsus génital débutant (stade 1-2)

La NICE NG123 (2019, mise à jour 2021) et la HAS recommandent la rééducation périnéale comme première ligne dans le prolapsus génital de stade 1 ou 2, avant toute intervention chirurgicale. Détail dans Descente d'organes (prolapsus) : place de la rééducation kiné.

6.3 Diastasis des grands droits post-partum

L'écartement excessif des grands droits abdominaux est fréquent en fin de grossesse. La rééducation associe travail périnéal et rééducation abdominale spécifique. Détail dans Diastasis post-partum.

6.4 Périménopause et ménopause

Les modifications hormonales fragilisent le périnée et augmentent le risque de fuites et de prolapsus. La rééducation périnéale est une option non médicamenteuse étayée.

6.5 Homme post-prostatectomie

L'incontinence d'effort post-prostatectomie radicale bénéficie d'une rééducation périnéale ciblée (cluster dédié à venir).

6.6 Douleurs pelviennes chroniques, endométriose

Indications plus spécialisées, prises en charge en lien avec l'algologue, le gynécologue et la SIFUD-PP.

7. Et la dimension psychologique du post-partum ?

Le post-partum est aussi une période de vulnérabilité psychique. La HAS 2015 rappelle l'importance du dépistage de la dépression post-partum lors de la consultation post-natale. Si vous vous sentez submergée, anxieuse ou tristement désinvestie de votre bébé au-delà de quelques jours, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme. Notre annuaire psychologue couvre ce domaine — voir notre dossier blog dédié à la dépression post-partum (à paraître).

8. Foire aux questions

Faut-il vraiment faire la rééducation périnéale après un accouchement ?

Pas systématiquement, mais le bilan post-natal est lui systématiquement recommandé (HAS 2015, CNGOF 2015). C'est ce bilan qui décide. Si vous présentez des symptômes (fuites, pesanteur, douleurs, diastasis), la rééducation est très probablement indiquée.

Sage-femme ou kinésithérapeute, qui choisir ?

Les deux sont compétents par la loi. La sage-femme est souvent plus proche de la patiente en post-partum immédiat. Le kinésithérapeute formé en rééducation pelvi-périnéale est souvent sollicité au-delà du post-partum (incontinence, prolapsus, périménopause). Voir le guide de choix.

Combien coûte la rééducation périnéale ?

Les 10 séances post-natales sont remboursées 100 % par l'Assurance Maladie (cotation NGAP AMK 7,5 pour le kiné), sur prescription. Hors post-partum (incontinence non gravidique, par exemple), la prise en charge reste celle d'une rééducation MK classique (60 % par l'Assurance Maladie + complémentaire selon contrat).

Combien de séances faut-il en moyenne ?

L'arrêté NGAP prévoit 10 séances post-natales d'emblée. Pour les indications hors post-partum, le nombre est variable (6 à 20 séances selon la sévérité). Le bilan kiné de mi-parcours décide de la prolongation.

Peut-on faire des exercices de Kegel à la maison sans rééducation ?

Non, pas avant un bilan. La HAS 2003 et la Cochrane 2018 rappellent que l'efficacité dépend d'une contraction périnéale correcte, ce que beaucoup de femmes ne réalisent pas spontanément (jusqu'à 30 % font une « contraction inversée », inefficace ou contre-productive). Voir Exercices de Kegel.

Et si les fuites persistent malgré la rééducation ?

La Cochrane 2018 rapporte une réduction des fuites très significative chez la majorité des femmes, mais pas une disparition complète chez toutes. Si les symptômes persistent, le gynécologue, l'urologue ou la consultation pelvi-périnéologie évalueront les options complémentaires (pessaire, médicaments, voire chirurgie).

La rééducation est-elle utile en prévention chez une femme sans symptôme ?

C'est un point de débat scientifique. La Cochrane 2018 montre un effet préventif modéré chez la femme primipare en fin de grossesse. Pour une femme asymptomatique au décours de l'accouchement, l'effet est moins établi : c'est pourquoi le bilan ciblé prime sur la prescription automatique.

Y a-t-il des contre-indications ?

Les contre-indications absolues sont rares : infection génitale ou urinaire active, saignement persistant, plaie périnéale non cicatrisée. Le bilan initial les écarte.

9. Trouver un kinésithérapeute formé en rééducation pelvi-périnéale

Sur Mayako, vous pouvez consulter l'annuaire des kinésithérapeutes déclarant une formation en rééducation pelvi-périnéale via /annuaire/specialite/kine-pelvi-perineale. Vous pouvez filtrer par département et trouver un professionnel proche de chez vous.

Si vous présentez par ailleurs une lombalgie de fin de grossesse ou de post-partum, nous traitons aussi ce sujet dans le guide kiné de la lombalgie.

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Sources :

  • HAS 2003 — « Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne pour le traitement de l'incontinence urinaire chez la femme à l'exclusion des affections neurologiques » (février 2003).
  • HAS 2015 — « Sortie de maternité après accouchement : conditions et organisation du retour à domicile des mères et de leurs nouveau-nés » et « Comment mieux informer les femmes enceintes ».
  • CNGOF 2015 — « Postpartum : recommandations pour la pratique clinique ».
  • Cochrane Database Syst Rev. 2018 Oct 4;10(10):CD005654 — Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC. « Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women ».
  • NICE NG123 (2019, mise à jour 2021) — « Urinary incontinence and pelvic organ prolapse in women: management ».
  • Code de la santé publique, art. L4151-1 — compétences de la sage-femme.
  • Ameli — Rééducation après accouchement, NGAP AMK 7,5.
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