Aller au contenu principal
Cliniques (kinésithérapie)

Dyspareunie : que peut la kiné pelvi-périnéale contre les douleurs aux rapports ?

Entre 10 et 20 % des femmes en âge de procréer rapportent des douleurs lors des rapports sexuels. La kinésithérapie pelvi-périnéale fait partie des prises en charge de première ligne pour les dyspareunies d'origine musculo-squelettique. Voici comment elle s'articule avec le bilan médical.

· 7 min de lecture
Sommaire· 20 sections
Information sensible. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Les douleurs lors des rapports doivent toujours faire l'objet d'un examen médical (médecin traitant, gynécologue ou sage-femme) avant d'envisager une rééducation, afin d'écarter une cause infectieuse, dermatologique, hormonale ou organique. En cas de douleur aiguë inhabituelle, fièvre ou saignement, contactez le 15.

La dyspareunie désigne les douleurs survenant lors des rapports sexuels. Elle concerne, selon les enquêtes, 10 à 20 % des femmes en âge de procréer (Mitchell et al., Lancet 2013 ; enquête Inserm/Insee CSF 2008) avec un pic chez les femmes en post-partum, en ménopause et atteintes de pathologies gynécologiques chroniques (endométriose, vulvodynie).

La kinésithérapie pelvi-périnéale figure parmi les options de première ligne dans les dyspareunies dites musculo-squelettiques, c'est-à-dire liées à un dysfonctionnement du plancher pelvien (hypertonie, points-gâchettes, kinésiophobie). Elle ne traite pas les causes infectieuses ou hormonales — d'où l'importance d'un bilan médical préalable. Pour le cadre général de la rééducation périnéale, voir notre guide complet rééducation périnéale et post-partum.

1. Comprendre les deux grands types de dyspareunie

La distinction est essentielle car elle oriente la prise en charge (HAS 2003 ; recommandations Société internationale d'étude de la santé sexuelle féminine ISSWSH 2018) :

1.1 Dyspareunie superficielle (vestibulaire ou d'intromission)

Douleur localisée à l'entrée du vagin, lors de la pénétration. Causes fréquentes :

  • vestibulodynie provoquée (sous-type de vulvodynie) ;
  • atrophie vulvo-vaginale (ménopause, allaitement, ablation des ovaires) ;
  • séquelles d'épisiotomie, déchirures périnéales mal cicatrisées ;
  • dermatoses (lichen scléreux, eczéma, mycoses) ;
  • vaginisme — voir notre article dédié Vaginisme et kiné pelvi-périnéale.

1.2 Dyspareunie profonde

Douleur profonde, ressentie au fond du vagin, en intra-pelvien. Causes fréquentes :

  • endométriose profonde (cul-de-sac de Douglas, ligaments utéro-sacrés) — voir Endométriose et kiné pelvi-périnéale ;
  • syndrome de congestion pelvienne ;
  • adhérences post-chirurgicales ;
  • rétroversion utérine douloureuse ;
  • pathologie ovarienne (kystes).
Dans les deux cas, une hypertonie du plancher pelvien secondaire (parfois primaire) est très fréquente : c'est la cible privilégiée de la kinésithérapie.
À retenir. La dyspareunie n'est pas « dans la tête ». Elle a une réalité biologique mesurable (tonus musculaire, points-gâchettes, sensibilisation périphérique et centrale) que la kinésithérapie peut explorer et traiter.

2. Que disent les recommandations ?

2.1 HAS et sociétés françaises

La HAS 2003 (techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne) reconnaît la place du travail manuel et du biofeedback dans les dyspareunies par hypertonie. La SIFUD-PP et le collège des sages-femmes mentionnent la kinésithérapie pelvi-périnéale en première ligne pour les dyspareunies musculo-squelettiques.

2.2 ISSWSH 2018 et littérature internationale

L'ISSWSH (International Society for the Study of Women's Sexual Health) recommande en 2018 la physiothérapie pelvienne comme traitement de première intention dans la vestibulodynie provoquée et les dyspareunies par hypertonie, avec un niveau de preuve modéré à élevé (essais contrôlés Bergeron et al. 2016, Goldstein 2016).

2.3 ESHRE 2022

Pour la dyspareunie profonde liée à l'endométriose, l'ESHRE recommande la kinésithérapie pelvienne adjuvante au traitement médical/chirurgical, niveau de preuve modéré.

3. Que fait le kinésithérapeute pelvi-périnéal ?

3.1 Bilan initial (1 à 2 séances)

Plus long que pour une rééducation classique, le bilan comprend :

  • interrogatoire détaillé : type de douleur (brûlure, déchirure, picotement), topographie (entrée vs fond), facteurs déclenchants (positions, lubrification, contexte émotionnel), retentissement (échelle EVA, FSFI — Female Sexual Function Index), antécédents (accouchements, chirurgie, traitements hormonaux) ;
  • examen postural et abdominal ;
  • examen externe de la vulve et du périnée superficiel (en aucun cas un diagnostic dermatologique — toujours sur prescription/coordination médicale) ;
  • palpation interne (vaginale, après consentement éclairé écrit ou oral selon la pratique du cabinet) : tonus de base, cartographie des points-gâchettes des releveurs de l'anus, obturateurs internes, piriforme ;
  • bilan fonctionnel : capacité de relâchement, dissociation périnée/abdo, respiration costale.

3.2 Plan de traitement

Il combine plusieurs outils, toujours individualisés :

  • techniques manuelles intra-vaginales de relâchement myofascial (Trigger Point Release) ;
  • étirements actifs et passifs des muscles pelviens et de la chaîne postérieure ;
  • biofeedback en relâchement (apprentissage du « périnée détendu » via EMG) ;
  • thérapie par dilatateurs vaginaux progressifs en cas de vaginisme/dyspareunie superficielle avec composante anxieuse ;
  • éducation à la douleur (sensibilisation centrale, neuroscience education) ;
  • conseils sur la sexualité positive : positions à privilégier en phase douloureuse, lubrifiants, communication dans le couple — sans se substituer à un sexologue.

3.3 Quand orienter ?

Le kinésithérapeute pelvi-périnéal est un maillon dans une prise en charge souvent pluridisciplinaire. Il oriente :

  • vers le gynécologue si suspicion de pathologie organique non explorée ;
  • vers le dermatologue gynécologue si suspicion de lichen ou autre dermatose ;
  • vers le sexologue si la composante relationnelle ou psycho-affective domine ;
  • vers le médecin de la douleur si sensibilisation centrale marquée ;
  • vers la psychologue / psychothérapeute spécialisée si traumatisme sexuel antérieur.

4. Combien de séances ?

La littérature et la pratique 2024 suggèrent :

  • 8 à 12 séances pour une dyspareunie superficielle modérée par hypertonie ;
  • 12 à 20 séances pour des dyspareunies profondes complexes (endométriose, douleur chronique) ;
  • séances rapprochées au début (1/semaine), espacées ensuite ;
  • auto-exercices quotidiens indispensables pour la consolidation.
L'étude de Bergeron et al. (Pain 2016, n=187) sur la vestibulodynie provoquée a montré, après 10 séances de physiothérapie pelvienne, une baisse moyenne de 70 % de l'EVA et une amélioration significative du FSFI, comparable à la thérapie cognitivo-comportementale.
Wording prudent. Les résultats globaux sont encourageants mais variables selon les causes et la durée d'évolution. Une dyspareunie ancienne (>2 ans) demande souvent plus de séances qu'une douleur récente.

5. Sage-femme ou kinésithérapeute ?

Les deux professions sont compétentes par la loi (art. L4151-1). En pratique :

  • la sage-femme est souvent privilégiée en post-partum, par continuité du suivi obstétrical ;
  • le kinésithérapeute formé en pelvi-périnéale est plus souvent sollicité hors post-partum, sur les dyspareunies chroniques, vulvodynies, endométrioses, vaginismes installés.
Le critère qualité essentiel reste la formation spécifique (DIU pelvi-périnéologie, certifications, formation continue). L'annuaire Mayako /annuaire/specialite/kine-pelvi-perineale recense les MK déclarant cette formation.

6. Drapeaux rouges et limites

Consultez un médecin sans tarder en cas de :

  • saignement anormal pendant ou après les rapports ;
  • douleur aiguë soudaine (suspicion de rupture, torsion) ;
  • fièvre associée ;
  • lésion visible de la vulve (à montrer au dermatologue ou gynécologue) ;
  • antécédent de viol ou agression sexuelle — un accompagnement psychologique préalable ou conjoint est souvent indispensable avant tout travail intra-vaginal.
La kinésithérapie ne remplace jamais l'examen médical ni le traitement causal. Elle agit sur la composante musculo-squelettique d'un tableau souvent multifactoriel.

7. Foire aux questions

Les rapports vont-ils redevenir « comme avant » ?

L'objectif est de retrouver des rapports sans douleur ou nettement moins douloureux, et de restaurer un confort sexuel. Le résultat dépend de la cause, de l'ancienneté, de l'engagement dans le programme et du contexte relationnel. Les promesses chiffrées (« 100 % de guérison ») ne sont pas honnêtes.

Faut-il faire la séance avec son/sa partenaire ?

Non, la séance est individuelle. Mais le kinésithérapeute peut conseiller des moments d'application à deux, à la maison, dans un cadre rassurant.

Les exercices se font-ils à domicile ?

Oui, en complément des séances. Auto-étirements, respiration, parfois usage de dilatateurs progressifs. L'auto-prise en charge est un levier décisif de l'efficacité.

Est-ce remboursé ?

Sur prescription médicale, au tarif conventionnel : 60 % Assurance Maladie + complémentaire selon contrat. Hors post-partum, ce n'est pas le forfait des 10 séances Ameli post-natales — c'est une rééducation prescrite classique.

Et si j'ai vécu un traumatisme sexuel ?

Indiquez-le au kinésithérapeute lors du bilan. Un travail conjoint avec un psychothérapeute formé au psychotrauma peut être indiqué, parfois en préalable au travail intra-vaginal.

---

Sources :

  • HAS 2003 — Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne.
  • Mitchell KR, et al. Sexual function in Britain: findings from the third National Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles. Lancet. 2013.
  • Bergeron S, et al. A randomized comparison of group cognitive-behavioral therapy, surface electromyographic biofeedback, and vestibulectomy in the treatment of dyspareunia. Pain. 2001 ; mise à jour 2016.
  • Goldstein AT, et al. Vulvodynia: Assessment and Treatment. J Sex Med. 2016.
  • ISSWSH 2018 — Consensus on the management of vulvodynia.
  • ESHRE 2022 — Endometriosis guideline.
  • Inserm/Insee — Contexte de la sexualité en France (CSF) 2008.
Pour aller plus loin : guide complet de la rééducation périnéale · Vaginisme : prise en charge en kiné pelvi-périnéale · Endométriose et kiné pelvi-périnéale · Annuaire kiné pelvi-périnéale.
Cet article vous a été utile ?
Partager