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Cliniques (kinésithérapie)

Énurésie et encoprésie de l'enfant : place de la kiné pelvi-périnéale

L'énurésie touche environ 10 % des enfants de 7 ans, l'encoprésie 1 à 3 %. La kinésithérapie pelvi-périnéale pédiatrique avec biofeedback adapté est une option complémentaire validée dans certaines formes, après bilan médical.

· 9 min de lecture
Sommaire· 24 sections
Information sensible. Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis du pédiatre, du médecin traitant ou de l'urologue pédiatre. Toute énurésie persistante après 6-7 ans ou apparition récente de troubles urinaires/défécatoires chez un enfant doit faire l'objet d'une évaluation médicale (recherche d'infection urinaire, malformation, constipation, retentissement psychologique). En cas de souffrance importante de l'enfant (humeur, repli, conduite), parlez-en à votre médecin traitant ou contactez le 3114 si la situation vous inquiète.

L'énurésie désigne l'émission involontaire d'urine, le plus souvent nocturne, après l'âge attendu d'acquisition de la propreté (5-6 ans en règle). Elle concerne environ 10 % des enfants de 7 ans, et 1 à 2 % des adolescents (Vande Walle et al., Eur J Pediatr 2012 ; ICCS — International Children's Continence Society 2014).

L'encoprésie désigne l'émission involontaire de selles chez un enfant ayant acquis la propreté (généralement après 4 ans). Elle touche 1 à 3 % des enfants en âge scolaire et est dans 80-90 % des cas liée à une constipation chronique avec fécalome rectal (recommandations ESPGHAN/NASPGHAN 2014).

La kinésithérapie pelvi-périnéale pédiatrique, encore peu connue du grand public, fait partie des options complémentaires dans certaines formes, après bilan médical et selon le tableau clinique. Pour le cadre général de la rééducation périnéale, voir notre guide complet rééducation périnéale et post-partum.

1. Énurésie : repères pour les parents

1.1 Énurésie primaire vs secondaire

  • énurésie primaire : l'enfant n'a jamais eu de période de continence nocturne d'au moins 6 mois. C'est la forme la plus fréquente (~80 %).
  • énurésie secondaire : réapparition après une période de propreté acquise — peut révéler un évènement de vie (séparation, naissance d'un puîné, déménagement), une infection urinaire, un diabète, un trouble du sommeil ou parfois un trauma. Doit toujours faire consulter.

1.2 Énurésie isolée vs syndrome énurétique complexe

  • isolée (monosymptomatique) : exclusivement nocturne, sans signe diurne.
  • complexe (non monosymptomatique) : associée à des troubles diurnes (urgences, fuites diurnes, postures de retenue, mictions rares, ITU récidivantes). C'est dans cette forme que la rééducation est la plus utile.

1.3 Mécanismes physiopathologiques

L'ICCS identifie trois facteurs souvent intriqués :

1. polyurie nocturne (sécrétion insuffisante d'ADH la nuit) ; 2. hyperactivité vésicale (petites contractions involontaires du détrusor) ; 3. seuil d'éveil élevé (sommeil très profond, l'enfant ne perçoit pas la réplétion vésicale).

La part de chacun varie selon les enfants — d'où l'importance d'un bilan personnalisé.

2. Encoprésie : la constipation est presque toujours en cause

Dans 80-90 % des cas, l'encoprésie est liée à une constipation chronique avec fécalome rectal (Rome IV pédiatrique) :

  • l'accumulation chronique de selles dilate le rectum ;
  • la sensibilité rectale diminue (l'enfant ne perçoit plus le besoin) ;
  • des selles liquides « fuient » autour du fécalome, salissant les sous-vêtements ;
  • l'enfant est paradoxalement souvent constipé, malgré l'apparente diarrhée.
Une forme minoritaire est l'encoprésie sans constipation, souvent contextuelle (psychologique, oppositionnelle, traumatique) — l'orientation est alors psychologique.
À retenir. L'encoprésie n'est pas un comportement « volontaire » de l'enfant. Punir ou humilier aggrave le tableau. La prise en charge médicale + comportementale + parfois rééducative donne de très bons résultats.

3. Que disent les recommandations ?

3.1 ICCS 2014 (énurésie)

L'International Children's Continence Society recommande en première ligne :

  • éducation et démythification (parents + enfant) ;
  • règles hygiéno-diététiques (calendrier mictionnel, hydratation diurne, restriction du soir) ;
  • alarme énurétique (dispositif vibrant/sonore au contact urinaire) — niveau de preuve A sur l'énurésie monosymptomatique ;
  • desmopressine (médicament prescrit par le médecin) ;
  • kinésithérapie / rééducation pelvi-périnéale : recommandée dans les formes non monosymptomatiques avec hyperactivité vésicale ou dysfonction périnéale.

3.2 ESPGHAN/NASPGHAN 2014 (constipation et encoprésie)

Les recommandations européennes et nord-américaines de gastropédiatrie privilégient :

  • désimpaction fécale (laxatifs osmotiques, parfois lavements — prescrit par le médecin) ;
  • traitement d'entretien (macrogol au long cours) ;
  • éducation thérapeutique (posture, horaire, alimentation) ;
  • biofeedback ano-rectal : non recommandé en routine, mais utile dans les formes avec dyssynergie documentée, après échec du traitement standard.

3.3 SIFUD-PP et urologie pédiatrique française

La rééducation pédiatrique est inscrite dans la pratique des urologues pédiatres et néphropédiatres en cas de syndrome énurétique complexe, dysfonction vésico-sphinctérienne ou encoprésie réfractaire au traitement standard.

Wording prudent. La kinésithérapie est un outil parmi d'autres, pas une solution miracle. Elle s'intègre dans un parcours coordonné par le pédiatre ou l'urologue pédiatre.

4. Que fait le kiné pelvi-périnéal avec un enfant ?

La rééducation pédiatrique a peu à voir avec celle de l'adulte. Elle repose sur le jeu, la pédagogie et la non-intrusion.

4.1 Bilan initial (1-2 séances)

  • interrogatoire avec l'enfant et le(s) parent(s) : calendrier mictionnel diurne (heures + volumes), calendrier des selles, contexte familial et scolaire, retentissement psychologique ;
  • examen postural et abdominal (palpation abdominale douce — masse stercorale ?) ;
  • examen externe non invasif (vue de la sangle abdominale, du périnée superficiel chez la fille debout, posture défécatoire mimée) ;
  • EMG cutané périnéal (capteurs autocollants externes), parfaitement indolore et non intrusif ;
  • questionnaires validés (DVSS — Dysfunctional Voiding Symptom Score, calendrier mictionnel sur 3 jours).
Aucun toucher intra-vaginal ou intra-rectal n'est pratiqué chez l'enfant — c'est une règle déontologique stricte. Le biofeedback est exclusivement externe.

4.2 Programme de rééducation (séances 3-10)

Le contenu dépend du tableau, mais combine en règle :

  • éducation pelvi-périnéale ludique (planches, métaphores, dessins) ;
  • prise de conscience du périnée par le souffle, le ventre, le tonus global ;
  • biofeedback EMG externe sous forme de jeux vidéo spécialisés (l'enfant fait monter un avion, gagne une course, etc. en relâchant ou contractant correctement) ;
  • rééducation comportementale : horaires de mictions diurnes (toutes les 2-3 h), posture aux toilettes (pieds surélevés, dos droit, jambes écartées), respect des envies ;
  • traitement de la constipation en coordination avec le pédiatre : règles diététiques, hydratation, parfois laxatif osmotique au long cours ;
  • carnet de bord : suivi des nuits sèches/mouillées, des selles, des accidents diurnes — outil de renforcement positif.

4.3 Place de l'alarme énurétique

Sur l'énurésie nocturne monosymptomatique, l'alarme reste le traitement non médicamenteux le plus efficace (taux de succès 60-70 % à 4-6 mois, ICCS). Le kinésithérapeute peut accompagner l'utilisation (motivation, suivi du calendrier) mais ne la prescrit pas seul — c'est généralement le médecin traitant ou le pédiatre.

5. Combien de séances ?

  • 6 à 12 séances en moyenne sur 3 à 6 mois ;
  • espacement progressif (1/semaine puis 1/2 semaines puis 1/mois) ;
  • auto-exercices quotidiens légers + carnet de bord ;
  • résultats variables selon le tableau : 50-80 % d'amélioration significative dans les formes mixtes (essais Bachmann et al., J Urol 2008 ; Vesna et al., J Pediatr Urol 2010).
Wording prudent. Les résultats sont encourageants mais non garantis. Une approche multimodale (médicale + comportementale + kiné + parfois psychologique) donne les meilleurs résultats. La patience est essentielle : l'énurésie évolue souvent sur plusieurs mois.

6. Drapeaux rouges chez l'enfant

Consultez sans tarder le pédiatre ou les urgences en cas de :

  • soif inhabituelle, fatigue, amaigrissement (suspicion de diabète) ;
  • fièvre + douleur lombaire (infection urinaire haute) ;
  • brûlures mictionnelles persistantes ;
  • sang dans les urines ou les selles ;
  • douleur abdominale importante ou récurrente ;
  • retentissement psychologique majeur (repli, troubles du sommeil profonds, anxiété, idées noires) — parlez-en au médecin, au psychologue scolaire ou contactez le 3114.

7. Le rôle des parents

Le rôle des parents est central. Quelques principes étayés par la littérature :

  • dédramatiser : l'énurésie et l'encoprésie sont fréquentes, transitoires dans la grande majorité des cas. Aucune corrélation avec un défaut éducatif ou un trouble psychologique majeur.
  • ne jamais punir ni humilier — cela aggrave et installe le trouble.
  • valoriser les nuits sèches / les selles complètes (calendrier à étoiles, petits objectifs).
  • impliquer l'enfant : c'est son problème à résoudre, pas celui des parents. Il participe au choix des solutions.
  • éviter les couches après 7 ans si possible (sentiment d'échec, ralentit la maturation) — discutez-en avec le médecin et le kiné.

8. Quel praticien consulter ?

La rééducation pelvi-périnéale pédiatrique demande une formation spécifique (DU pédiatrique, formation continue avérée, expérience). Tous les kinésithérapeutes pelvi-périnéaux ne pratiquent pas avec les enfants — il vaut mieux le vérifier avant.

Critères qualité :

  • formation pédiatrique avérée ;
  • biofeedback ludique (jeux vidéo adaptés) ;
  • approche respectueuse de l'enfant et du consentement (présentation, ton, posture) ;
  • coordination avec le pédiatre ou l'urologue pédiatre.
L'annuaire Mayako /annuaire/specialite/kine-pelvi-perineale recense les MK déclarant la formation pelvi-périnéale ; un appel préalable confirme l'expérience pédiatrique.

9. Foire aux questions

À partir de quel âge ?

La rééducation pédiatrique est généralement proposée à partir de 6-7 ans, âge auquel l'enfant peut coopérer activement. Avant, le suivi est essentiellement médical et comportemental (parents).

Est-ce remboursé ?

Sur prescription médicale, au tarif conventionnel : 60 % Assurance Maladie + complémentaire selon contrat. Les enfants en ALD bénéficient d'une prise en charge à 100 % sur les soins en rapport.

Les médicaments sont-ils nécessaires ?

Pas systématiquement. La desmopressine est prescrite par le médecin en cas de polyurie nocturne. Les anticholinergiques dans l'hyperactivité vésicale, parfois. La kinésithérapie peut compléter ou remplacer selon le tableau.

Et si l'enfant refuse ?

Le consentement de l'enfant est essentiel. Si l'enfant refuse, on n'insiste pas. On peut différer quelques mois, ou changer de praticien si le courant ne passe pas. Une thérapie comportementale ou un soutien psychologique peuvent être préalables.

L'énurésie peut-elle persister à l'adolescence ?

Oui, dans 1 à 2 % des cas. Cela ne ferme aucune porte : la rééducation, les traitements médicamenteux et l'alarme restent efficaces. Le suivi adulte est assuré par les urologues et kinésithérapeutes pelvi-périnéaux.

Et chez l'enfant porteur d'un trouble du neurodéveloppement (TDAH, TSA) ?

L'énurésie et l'encoprésie sont plus fréquentes chez ces enfants. La prise en charge est la même mais adaptée au profil (séances plus courtes, supports visuels, présence d'un parent rassurant). Coordination avec le médecin/centre de référence indispensable.

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Sources :

  • Vande Walle J, et al. Practical consensus guidelines for the management of enuresis. Eur J Pediatr. 2012.
  • International Children's Continence Society — Standardization document on terminology and management of functional bladder dysfunction. Neurourol Urodyn. 2014.
  • Tabbers MM, et al. (ESPGHAN/NASPGHAN). Evaluation and treatment of functional constipation in infants and children. JPGN. 2014.
  • Bachmann CJ, et al. Long-term effects of a urotherapy training program in children with functional incontinence: a 2-year follow-up. J Urol. 2008.
  • Vesna Z, et al. The role of biofeedback training in the treatment of non-monosymptomatic enuresis. J Pediatr Urol. 2010.
  • SIFUD-PP — Recommandations en urologie pédiatrique fonctionnelle.
Pour aller plus loin : guide complet de la rééducation périnéale · Constipation chronique et biofeedback · Annuaire kiné pelvi-périnéale.
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