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Cliniques (kinésithérapie)

Kiné respiratoire chez le nourrisson : ce que disent vraiment les recos HAS 2019

Bronchiolite et kiné : la HAS 2019 ne recommande plus l'AFE en routine. Décryptage, alternatives validées et signes d'alerte.

· 7 min de lecture
Sommaire· 16 sections

Beaucoup de parents s'attendent à ce qu'on prescrive de la kinésithérapie respiratoire à leur bébé dès les premiers signes de bronchiolite. C'était en effet la pratique courante en France dans les années 2000 et 2010. Depuis novembre 2019, ce n'est plus la recommandation officielle de la Haute Autorité de Santé (HAS). Cet article fait le point, sources à l'appui, sur ce qui est réellement recommandé en 2026 pour un nourrisson présentant un premier épisode de bronchiolite aiguë, sur les cas où la kiné garde sa place, et sur les gestes simples à mettre en œuvre à la maison.

1. Réponse directe en 30 secondes

À retenir. En 2026, la HAS ne recommande pas la kinésithérapie respiratoire de désencombrement en routine chez le nourrisson de moins de 12 mois présentant un premier épisode de bronchiolite aiguë simple, en ambulatoire comme à l'hôpital. La prise en charge repose sur le désencombrement rhinopharyngé (DRP) au sérum physiologique, le fractionnement des biberons, l'hydratation et la surveillance des signes d'aggravation. La kiné peut être discutée au cas par cas en présence d'une pathologie sous-jacente (mucoviscidose, dysplasie broncho-pulmonaire, cardiopathie) ou d'un encombrement bronchique majeur documenté. Cet article n'a pas vocation à remplacer l'avis du médecin qui suit votre enfant.

2. Ce que dit la HAS 2019, textuellement

La recommandation de bonne pratique HAS de novembre 2019 — « Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois » — est claire :
  • la kinésithérapie respiratoire par techniques d'augmentation du flux expiratoire (AFE), d'expiration lente prolongée (ELPr) ou de clapping n'est pas recommandée en routine chez le nourrisson présentant une bronchiolite aiguë non compliquée ;
  • cette position s'applique aussi bien à la prise en charge ambulatoire qu'à la prise en charge hospitalière ;
  • la kiné peut être discutée au cas par cas, notamment en présence d'une pathologie chronique sous-jacente ou d'un encombrement bronchique majeur documenté à l'auscultation.
Cette position rejoint celle de plusieurs autres recommandations internationales (American Academy of Pediatrics, NICE britannique) publiées dans les années 2010.
Référence : Haute Autorité de Santé, Prise en charge du 1er épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois, novembre 2019. Consultable sur has-sante.fr.

3. Pourquoi ce revirement ?

3.1 L'absence de bénéfice clinique démontré

Plusieurs méta-analyses Cochrane publiées entre 2007 et 2017, ainsi que des essais contrôlés randomisés français (Gajdos et coll., 2010, étude Bronkilinet), n'ont pas démontré de bénéfice cliniquement pertinent des techniques manuelles de désencombrement (AFE, ELPr) sur :
  • la durée d'hospitalisation ;
  • la sévérité clinique (score de gravité, besoin en oxygène) ;
  • la durée de l'épisode ou le délai de retour à un état stable.
Les études disponibles montrent au mieux des effets modestes et transitoires, non corrélés à un meilleur pronostic global.

3.2 Des effets indésirables documentés

Les techniques d'AFE et de clapping ne sont pas dénuées d'effets indésirables, en particulier chez le très jeune nourrisson :
  • vomissements post-séance, parfois associés à un risque d'inhalation ;
  • bradycardies transitoires ;
  • désaturations ponctuelles pendant la séance ;
  • fractures de côtes (rares, mais rapportées dans la littérature pédiatrique, en particulier chez les prématurés et les bébés en bas poids).

3.3 Une balance bénéfice-risque défavorable en routine

C'est la conjonction d'un bénéfice non démontré et d'effets indésirables non négligeables qui a conduit la HAS et les sociétés savantes à ne plus recommander la kiné en routine. Cela ne signifie pas que la technique est dangereuse en soi : elle reste utile dans des indications ciblées (cf. section 4).

4. Cas où la kinésithérapie respiratoire reste indiquée

La HAS et la pratique pédiatrique reconnaissent plusieurs situations dans lesquelles la kiné respi peut être proposée, après évaluation médicale :
  • mucoviscidose : la kiné quotidienne (drainage autogène, PEP) est un pilier du traitement, indépendamment d'un épisode viral surajouté ;
  • dysplasie broncho-pulmonaire chez l'ancien grand prématuré ;
  • cardiopathie congénitale avec retentissement respiratoire ;
  • maladie neuromusculaire ou trouble de la déglutition entraînant des fausses routes ;
  • encombrement bronchique majeur documenté à l'auscultation, gênant l'alimentation ou le sommeil, dans un contexte particulier.
Dans ces situations, l'indication, le rythme et la technique sont définis par le médecin (pneumopédiatre, pédiatre, médecin traitant) en lien avec le kiné, et réévalués régulièrement.

5. Que faire à la place, à la maison ?

La HAS 2019 propose un socle de prise en charge ambulatoire fondé sur des gestes simples, validés et accessibles aux parents :

5.1 Le désencombrement rhinopharyngé (DRP) au sérum physiologique

Le DRP consiste à instiller du sérum physiologique dans chaque narine, bébé allongé sur le côté, pour fluidifier les sécrétions et permettre leur évacuation. Il est recommandé avant les biberons et au coucher. Le médecin ou l'infirmière puéricultrice peuvent vous montrer le geste lors de la consultation.

5.2 Le fractionnement des biberons

Un nourrisson encombré tète plus difficilement et se fatigue rapidement. Le fractionnement des biberons (volumes plus petits, à intervalles plus rapprochés) permet de maintenir un apport hydrique et calorique suffisant. Surveillez la diurèse (couches mouillées toutes les 4-6 h en moyenne).

5.3 La position de couchage

La position proclive dorsale à 30° peut être proposée dans certaines situations, en respectant les recommandations générales de prévention de la mort inattendue du nourrisson (couchage sur le dos dans un lit adapté, sans oreiller ni couette, dans une pièce tempérée).

5.4 L'hydratation et l'humidification de l'air

Maintenir un environnement à 19-20 °C, aérer la chambre, et veiller à l'hydratation. L'humidification de l'air n'est pas formellement recommandée par la HAS mais ne cause pas de tort si la pièce est trop sèche.

5.5 L'éviction du tabac

L'éviction du tabagisme passif est explicitement recommandée. Le tabagisme parental aggrave la sévérité et la durée de la bronchiolite, et augmente le risque de récidives.

6. Quels signes doivent vous alerter ? (drapeaux rouges)

Certains signes imposent une consultation médicale urgente (médecin traitant, urgences pédiatriques, 15 (SAMU)) :
  • refus de boire plus de la moitié des biberons sur 2 prises consécutives, ou déshydratation (langue sèche, couches sèches) ;
  • tirage intercostal ou sus-sternal intense, battement des ailes du nez, balancement thoraco-abdominal ;
  • fréquence respiratoire > 60/min au repos, en dehors des pleurs ;
  • pauses respiratoires (apnées), même brèves ;
  • cyanose (lèvres, pourtour de la bouche, extrémités bleutées) ;
  • somnolence inhabituelle, hypotonie, difficulté à réveiller bébé ;
  • fièvre élevée (> 38,5 °C avant 3 mois, > 39 °C après) ;
  • âge inférieur à 6 semaines, prématurité, comorbidité connue.
En présence de l'un de ces signes, contactez le 15 ou rendez-vous aux urgences pédiatriques sans délai. Pour le détail des signes et la conduite à tenir, voir Bronchiolite bébé : signes d'alerte et urgences.

7. Combien de temps dure une bronchiolite ?

Une bronchiolite aiguë simple évolue en général sur 7 à 10 jours, avec un pic de symptômes vers les jours 3 à 5, puis une amélioration progressive. La toux résiduelle peut persister 2 à 3 semaines. Selon Santé publique France, les pics épidémiques surviennent typiquement entre novembre et février en métropole. Si l'amélioration n'est pas amorcée au-delà du 5e jour, si l'enfant se dégrade, ou en présence de l'un des signes d'alerte, une réévaluation médicale s'impose.

8. Pour aller plus loin

--- Trouver un kinésithérapeute pédiatrique près de chez vous Si votre médecin a prescrit une kinésithérapie respiratoire à votre enfant dans le cadre d'une indication particulière, Mayako référence les masseurs-kinésithérapeutes inscrits au RPPS, dont certains ont une formation pédiatrique (école Postiaux, DU pédiatrie). ➜ Consulter l'annuaire Mayako Kinésithérapeute. --- Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre enfant. En cas de doute, de signes d'aggravation ou de drapeau rouge, contactez le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences pédiatriques sans délai. Ne suspendez jamais une prescription médicale sans en parler avec votre médecin. Sources : Haute Autorité de Santé (HAS, nov. 2019), Cochrane Database of Systematic Reviews, Inserm, Santé publique France, Assurance Maladie (Ameli), Vaincre la Mucoviscidose, CNOMK. Liens en rel="nofollow noopener". Dernière vérification : 16 mai 2026.

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Questions fréquentes

La kiné respiratoire est-elle dangereuse pour mon bébé ?

Les techniques d'augmentation du flux expiratoire (AFE) ne sont pas dénuées d'effets indésirables : vomissements, bradycardies transitoires, et plus rarement fractures de côtes ont été rapportés. C'est l'un des arguments qui a conduit la HAS à ne plus recommander la kiné en routine pour la bronchiolite simple en 2019.

Si la kiné n'est plus recommandée, que faire à la maison ?

Le désencombrement rhinopharyngé (DRP) au sérum physiologique avant les biberons et au coucher, le fractionnement des repas, l'hydratation et la surveillance des signes d'aggravation constituent le socle de la prise en charge à domicile selon la HAS 2019.

Mon pédiatre m'a prescrit de la kiné, faut-il quand même y aller ?

Si votre médecin a prescrit la kiné, c'est généralement parce qu'il identifie une situation particulière (encombrement majeur, terrain à risque, comorbidité). Ne suspendez pas la prescription sans en parler avec lui. Le kiné réalisera un bilan-diagnostic kinésithérapique et adaptera la prise en charge.

Quels sont les signes qui doivent m'alerter ?

Refus de boire plus de la moitié des biberons sur 2 prises consécutives, tirage intense, fréquence respiratoire > 60/min, pauses respiratoires, lèvres ou extrémités bleues, somnolence inhabituelle, déshydratation, fièvre élevée. Dans ces cas, contactez le 15 ou rendez-vous aux urgences pédiatriques.

Pourquoi la France a-t-elle changé d'avis sur la kiné bronchiolite ?

Plusieurs méta-analyses Cochrane et études contrôlées publiées entre 2007 et 2017 n'ont pas démontré de bénéfice cliniquement pertinent de l'AFE ou de l'ELPr sur la durée d'hospitalisation, la sévérité ou l'évolution de la bronchiolite simple. La HAS a aligné ses recommandations 2019 sur ces preuves.

Et si mon bébé est asthmatique ou prématuré ?

La présence d'une pathologie sous-jacente (mucoviscidose, dysplasie broncho-pulmonaire de l'ancien prématuré, cardiopathie congénitale) modifie la prise en charge. Une consultation médicale dédiée s'impose, et la kiné peut alors trouver sa place après évaluation.

Combien de séances de kiné si elle est indiquée ?

Lorsqu'une indication particulière est retenue, le rythme est généralement adapté à l'évolution clinique, avec une réévaluation quotidienne et un arrêt dès que les objectifs sont atteints. La HAS ne fixe pas de quota.