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Cliniques (kinésithérapie)

Bronchiolite du nourrisson : signes d'alerte et quand appeler le 15

Tirage intense, apnée, cyanose, refus alimentaire : les signes d'alerte de la bronchiolite et les bons réflexes à la maison.

· 7 min de lecture
Sommaire· 16 sections

La bronchiolite touche chaque hiver près d'un tiers des nourrissons de moins de 2 ans en France, avec un pic épidémique entre novembre et février selon Santé publique France [SpF 2024]. La grande majorité des épisodes évolue favorablement à la maison en 7 à 10 jours. Mais une minorité d'enfants se dégrade, parfois rapidement, et nécessite une prise en charge hospitalière urgente. Cet article détaille les drapeaux rouges qui imposent d'appeler le 15 (SAMU) ou de se rendre aux urgences pédiatriques, les signes qui doivent inquiéter sans constituer une urgence absolue, et les gestes utiles en attendant les secours.

1. Réponse directe — les 6 drapeaux rouges

À retenir. Appelez le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences pédiatriques si votre bébé présente l'un de ces 6 signes :
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1. Tirage intense (sus-claviculaire, intercostal, balancement thoraco-abdominal) ;
2. Pauses respiratoires (apnées), même brèves ;
3. Refus alimentaire sur 3 biberons consécutifs ou prise < 50 % des apports habituels ;
4. Cyanose péri-buccale, lèvres ou extrémités bleutées ;
5. Fréquence respiratoire > 60/min au repos, en dehors des pleurs ;
6. Somnolence inhabituelle, hypotonie, épuisement, difficulté à réveiller bébé.
>
En cas de doute, mieux vaut appeler le 15 : le médecin régulateur évaluera la situation et orientera vers la solution adaptée. Cet article ne remplace pas l'avis médical.

2. Drapeaux rouges détaillés

2.1 Le tirage : signe d'augmentation du travail respiratoire

Le tirage correspond à une dépression visible des tissus mous entre les côtes ou au-dessus de la clavicule à chaque inspiration. Il témoigne d'un effort respiratoire excessif. On le recherche bébé torse nu, au calme, sous une bonne lumière.
  • Tirage intercostal : creusement entre les côtes ;
  • Tirage sus-claviculaire : creusement au-dessus de la clavicule ;
  • Tirage sus-sternal : creusement au-dessus du sternum ;
  • Battement des ailes du nez : narines qui s'écartent à chaque inspiration ;
  • Balancement thoraco-abdominal : ventre et thorax bougent en sens inverse au lieu de se soulever ensemble.
Un tirage intense ou un balancement thoraco-abdominal sont des signes de gravité immédiate selon la HAS 2019 [HAS 2019].

2.2 Les apnées : signes d'épuisement ou d'immaturité

Une pause respiratoire de plus de 15-20 secondes, ou plus courte mais accompagnée d'un changement de couleur (pâleur, cyanose) ou d'un ralentissement du pouls, est un drapeau rouge majeur. Le risque est particulièrement élevé :
  • chez le nouveau-né de moins de 6 semaines ;
  • chez l'ancien prématuré ;
  • en cas de comorbidité (cardiopathie, maladie neuromusculaire).
Toute apnée témoignée par un parent doit être prise au sérieux et conduit à un appel au 15.

2.3 Le refus alimentaire : témoin de la fatigue respiratoire

Un nourrisson qui respire vite et difficilement ne peut plus téter correctement. Le refus de 3 biberons consécutifs, ou une prise alimentaire inférieure à la moitié des apports habituels, signe une fatigue respiratoire significative. Il s'y associe souvent :
  • une réduction de la diurèse (couches moins mouillées, < 1 toutes les 6 h) ;
  • une langue sèche, des yeux creux ;
  • une perte de poids > 5 % du poids habituel.
C'est l'un des critères d'hospitalisation les plus fréquents selon la HAS 2019 [HAS 2019] et la Société française de pédiatrie [SFP].

2.4 La cyanose : signe d'hypoxie

Une coloration bleutée des lèvres, du pourtour de la bouche ou des extrémités témoigne d'une oxygénation insuffisante du sang. C'est une urgence absolue, à signaler immédiatement au 15. Attention :
  • les mains et pieds bleus isolés dans un environnement froid (acrocyanose physiologique) ne constituent pas un signe d'alerte si le visage et le tronc sont roses et que l'enfant boit normalement ;
  • la cyanose péri-buccale persistante, en revanche, est toujours pathologique.

2.5 La polypnée : > 60 respirations par minute

La fréquence respiratoire se compte sur une minute complète, bébé au calme, torse découvert. Le seuil d'alerte est :
  • > 60/min chez le nourrisson < 12 mois ;
  • > 50/min chez l'enfant de 1 à 5 ans.
Une polypnée isolée, sans autre signe, peut être physiologique (pleurs, fièvre, contexte chaud). Associée à un tirage, un refus alimentaire ou une cyanose, elle devient un drapeau rouge.

2.6 La somnolence et l'épuisement

Paradoxalement, un nourrisson qui se calme alors qu'il était agité, qui devient mou et difficile à réveiller, peut témoigner non pas d'une amélioration mais d'un épuisement des réserves. Cet état précède parfois la décompensation respiratoire. Toute hypotonie inhabituelle, somnolence prolongée ou difficulté à éveiller bébé impose un appel au 15.

3. Signes qui doivent inquiéter sans constituer une urgence absolue

Certains signes justifient une consultation médicale dans la journée (médecin traitant, pédiatre, maison médicale de garde, 3624), mais ne nécessitent généralement pas d'appel immédiat au 15 s'ils sont isolés et bien tolérés :
  • toux quinteuse, en particulier nocturne ;
  • sibilants audibles à distance (wheezing) ;
  • fièvre modérée (38 à 38,5 °C) après 3 mois, bien tolérée ;
  • encombrement nasal important sans retentissement alimentaire ;
  • vomissements post-toux modérés ;
  • gêne au coucher sans tirage.
Ces signes, en l'absence de drapeau rouge, ne menacent pas la vie de l'enfant mais méritent un avis médical pour réévaluer la sévérité et adapter la prise en charge.

4. Que faire en attendant les secours ?

Si vous avez appelé le 15 et que les secours sont en route, ou si vous êtes en route vers les urgences, quelques gestes simples peuvent aider :

4.1 Installer bébé en position proclive 30°

La position proclive dorsale à 30° facilite la respiration et limite le reflux. Maintenez bébé sur le dos, légèrement surélevé (cale-bébé adapté, ou matelas incliné par un drap roulé sous le matelas — jamais d'oreiller dans le berceau). Respectez les recommandations générales de prévention de la mort inattendue du nourrisson.

4.2 Désencombrer le nez au sérum physiologique (DRP)

Un nez encombré aggrave la détresse respiratoire chez le nourrisson, qui respire essentiellement par le nez les premiers mois.
  • Allongez bébé sur le côté ;
  • Instillez une dosette de sérum physiologique dans la narine supérieure ;
  • Le mouchage se fait spontanément ou par l'autre narine ;
  • Répétez de l'autre côté.
Ce geste, recommandé par la HAS 2019 [HAS 2019], peut être répété autant que nécessaire avant les biberons et au coucher.

4.3 Hydrater par petits volumes fractionnés

Si l'enfant peut encore avaler, proposez de petits volumes d'eau ou de lait à intervalles rapprochés, à la cuillère ou à la seringue (sans aiguille). Si le refus est complet ou si l'enfant vomit, ne forcez pas : signalez-le aux secours.

4.4 Surveiller et noter les signes

En attendant les secours, observez et notez : la fréquence respiratoire, la coloration, la conscience, l'heure de survenue d'une éventuelle apnée. Ces informations sont précieuses pour le médecin régulateur et l'équipe d'accueil.

5. Erreurs à éviter

Plusieurs gestes courants, encore largement diffusés, sont déconseillés voire dangereux :
  • Pas de sirop antitussif ni de fluidifiant bronchique avant 2 ans : contre-indication formelle de l'ANSM. Ces médicaments peuvent aggraver l'encombrement et entraîner des effets indésirables graves (somnolence, troubles cardiaques) ;
  • Pas de miel avant 1 an : risque de botulisme infantile ;
  • Pas de tabac à proximité : le tabagisme passif aggrave la sévérité et la durée de la bronchiolite [Inserm] ;
  • Pas d'huiles essentielles (eucalyptus, menthe poivrée, ravintsara) avant 3 ans : risque convulsivant et de bronchospasme ;
  • Pas d'humidificateur à vapeur chaude à proximité de bébé : risque de brûlure et prolifération microbienne si entretien insuffisant ;
  • Pas d'antibiotiques sans avis médical : la bronchiolite est d'origine virale (VRS dans 70 % des cas), les antibiotiques n'ont aucune efficacité hors surinfection bactérienne documentée.

6. Pour aller plus loin

--- Numéros utiles à connaître
  • 15 — SAMU (urgences médicales) ;
  • 112 — numéro européen d'urgence ;
  • 114 — urgences pour personnes sourdes ou malentendantes (SMS/fax) ;
  • 3624 — maison médicale de garde (situations non urgentes hors heures d'ouverture du cabinet).
--- Cet article a une vocation strictement informative et ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre enfant. En cas de doute, de signes d'aggravation ou de drapeau rouge, contactez le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences pédiatriques sans délai. Ne suspendez jamais une prescription médicale sans en parler avec votre médecin. Sources : Haute Autorité de Santé (HAS, nov. 2019), Santé publique France, Société française de pédiatrie, Vidal, Inserm, Assurance Maladie (Ameli), ANSM. Liens externes en rel="nofollow noopener". Dernière vérification : 16 mai 2026.

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Questions fréquentes

Quel numéro appeler si mon bébé respire mal ?

Le 15 (SAMU) en France métropolitaine, ou le 112 (numéro européen d'urgence). Pour les personnes sourdes ou malentendantes, le 114 (par SMS ou fax). Vous pouvez également joindre la maison médicale de garde via le 3624 pour les situations non urgentes en dehors des heures d'ouverture du cabinet.

Faut-il aller aux urgences pour de la fièvre seule ?

Une fièvre isolée chez un nourrisson de plus de 3 mois, bien toléré (boit, joue par moments, fait pipi), ne constitue pas en soi une urgence. Une consultation médicale est indiquée dans la journée. Avant 3 mois, toute fièvre > 38 °C impose un avis médical sans délai selon la HAS.

Mon bébé tousse beaucoup la nuit, est-ce grave ?

Une toux nocturne quinteuse est fréquente dans la bronchiolite. Elle n'est pas un drapeau rouge isolé. En revanche, si elle s'accompagne de tirage, de pauses respiratoires, d'une cyanose ou d'un refus de boire, contactez le 15.

Peut-on donner un sirop antitussif ?

Non. Les sirops antitussifs et fluidifiants bronchiques sont contre-indiqués avant 2 ans, et déconseillés jusqu'à 6 ans, conformément aux recommandations de l'ANSM. Ils peuvent au contraire aggraver l'encombrement et entraîner des effets indésirables graves.

Le miel est-il sûr contre la toux ?

Le miel est strictement contre-indiqué avant 1 an (risque de botulisme infantile). Après 1 an, il peut soulager la toux sèche d'irritation, mais n'a pas démontré d'efficacité spécifique dans la bronchiolite.

Comment compter la fréquence respiratoire ?

Bébé au calme, torse découvert, observez les mouvements de la cage thoracique pendant une minute complète (pas 15 s extrapolés). Au-delà de 60 mouvements par minute en dehors des pleurs, c'est un signe à mentionner au médecin ou au 15.

Faut-il éviter la crèche pendant la bronchiolite ?

Oui, l'éviction de la collectivité est recommandée le temps de la phase aiguë (généralement 5 à 7 jours), à la fois pour protéger l'enfant et limiter la circulation virale (VRS, métapneumovirus). Aucun certificat de non-contagion n'est nécessaire au retour selon la HAS.

Mon bébé a-t-il besoin d'oxygène ?

L'oxygénothérapie est décidée à l'hôpital, sur la base de la saturation pulsée mesurée par oxymètre. Elle est généralement indiquée en dessous de 92 % de SpO2 selon la HAS 2019. Ce n'est pas une décision à prendre à la maison.