Sciatique : symptômes, trajet de la douleur et différence avec la cruralgie
Une douleur lombaire qui descend dans la jambe évoque une sciatique. Selon le trajet exact, on distingue une atteinte L5, S1 ou une cruralgie L3-L4. Voici comment reconnaître les symptômes et identifier les signes qui imposent une consultation rapide.
Sommaire· 19 sections
Une douleur du bas du dos qui « descend dans la jambe » évoque presque toujours une lombo-radiculalgie : une lombalgie associée à une atteinte d'une racine nerveuse. Selon la racine concernée, la douleur suit un trajet précis dans le membre inférieur. Reconnaître ce trajet permet d'identifier la nature exacte du problème et d'orienter la prise en charge — sans pour autant remplacer un examen clinique.
Cet article résume ce que les recommandations NICE NG59 (2016, mise à jour 2020) et la HAS (2019) décrivent comme tableau typique, en s'appuyant sur les territoires sensitivo-moteurs des racines lombo-sacrées. Pour le contexte global de la prise en charge, voir le pilier Sciatique et hernie discale : guide complet.
À retenir. La sciatique correspond à une atteinte de la racine L5 ou S1 ; la cruralgie à une atteinte L3 ou L4. Le trajet douloureux suit le territoire de la racine concernée et descend généralement au-dessous du genou. Avant tout exercice, il est essentiel d'écarter les drapeaux rouges via le quiz dédié.
1. Le tableau type d'une sciatique
1.1 Une douleur lombaire qui irradie
La sciatique commence souvent par une lombalgie (mal de bas du dos), parfois après un effort de soulèvement, une mauvaise posture prolongée ou sans cause évidente. Quelques heures à quelques jours plus tard, la douleur descend dans la fesse, la cuisse, la jambe, parfois jusqu'au pied. Cette extension distale est caractéristique d'une atteinte radiculaire.
Plusieurs traits sémiologiques sont décrits par la NICE NG59 :
- douleur en éclair, en brûlure, en décharge électrique ;
- aggravation par la toux, l'éternuement, la défécation (signe de Dejerine) ;
- aggravation par la position assise prolongée ou la flexion du tronc ;
- soulagement parfois en position couchée, jambes pliées.
1.2 Atteinte sensitive, motrice ou les deux
L'atteinte radiculaire peut associer :
- des symptômes sensitifs (douleur, picotements, fourmillements, engourdissements) ;
- des symptômes moteurs (faiblesse d'un mouvement précis, par exemple monter sur la pointe ou sur le talon) ;
- une diminution d'un réflexe ostéo-tendineux à l'examen clinique.
2. Sciatique L5 ou S1 : reconnaître la racine atteinte
2.1 Sciatique L5
Le trajet typique d'une atteinte L5 :
- fesse, face postéro-externe de la cuisse ;
- face externe du mollet ;
- dos du pied ;
- gros orteil.
2.2 Sciatique S1
Le trajet typique d'une atteinte S1 :
- fesse, face postérieure de la cuisse ;
- face postérieure du mollet ;
- talon, plante du pied, bord externe du pied jusqu'au cinquième orteil.
2.3 Pourquoi cette distinction compte
Identifier la racine en cause oriente :
- l'examen clinique du MK (tests neurologiques ciblés, manœuvres de mise en tension) ;
- l'imagerie le cas échéant (la NICE rappelle que l'IRM n'est pas systématique en sciatique typique sans drapeau rouge) ;
- la décision thérapeutique en cas de discussion chirurgicale.
3. Cruralgie : ce qui la distingue de la sciatique
La cruralgie correspond à une atteinte des racines L3 ou L4. Le nerf concerné est le nerf crural (ou fémoral), pas le sciatique. Le trajet est différent :
- douleur à la face antérieure de la cuisse (L3 plus haut, L4 plus bas) ;
- pour L4, prolongement à la face interne de la jambe jusqu'à la cheville ou au bord interne du pied ;
- déficit moteur possible : faiblesse de la flexion de la hanche (psoas, L3), faiblesse de l'extension du genou (quadriceps, L4) ;
- réflexe rotulien diminué pour L4.
4. Sciatique tronquée et sciatique « non discale »
4.1 La sciatique tronquée
Le trajet douloureux peut s'arrêter au niveau de la fesse ou de la cuisse, sans descendre jusqu'au pied. On parle alors de sciatique tronquée. Elle reste une lombo-radiculalgie et obéit aux mêmes principes de prise en charge.
4.2 Causes non discales
Toutes les douleurs « sciatiques » ne sont pas liées à une hernie. Quelques situations à connaître :
- Syndrome du piriforme : compression du nerf sciatique par le muscle piriforme dans la fesse. Le tableau peut mimer une sciatique mais sans atteinte radiculaire vraie.
- Sténose lombaire chez le sujet plus âgé : douleur radiculaire majorée à la marche prolongée, soulagée à la flexion du tronc.
- Sciatique post-traumatique, plus rare.
5. Drapeaux rouges : ne pas rater l'urgence
Plusieurs signes imposent une consultation médicale rapide, parfois en urgence — pas une séance de kiné en première intention :
- anesthésie en selle, troubles sphinctériens (urinaires ou fécaux) récents, déficit moteur bilatéral progressif → suspicion de syndrome de la queue de cheval, appel au 15 ;
- déficit moteur progressif d'un membre (chute du pied, lâchage du genou) ;
- traumatisme important récent, fièvre, antécédent de cancer, perte de poids inexpliquée ;
- douleur nocturne non soulagée, douleur progressive et continue.
6. Que faire si je reconnais ma sciatique ?
Si vous reconnaissez un trajet typique L5 ou S1 et qu'aucun drapeau rouge n'est présent :
1. Consultez votre médecin traitant pour confirmation et, le cas échéant, prescription de kiné ; ou vérifiez la possibilité d'un accès direct kiné dans votre cabinet (voir Hernie discale : opérer ou kiné en accès direct). 2. Préparez la consultation : notez le trajet précis, les déclencheurs (toux, position assise, flexion), les soulagements, les éventuels antécédents lombaires. 3. Maintenez une activité adaptée — la NICE NG59 et la HAS 2019 déconseillent le repos prolongé. 4. Privilégiez un MK formé à la méthode McKenzie (voir Exercices kiné sciatique : la méthode McKenzie) : la recherche d'une préférence directionnelle est l'un des outils les plus utiles dans la sciatique radiculaire.
7. Foire aux questions
Une douleur dans la fesse seule, est-ce déjà une sciatique ?
Pas forcément. Une douleur fessière isolée peut correspondre à une lombalgie référée, à un syndrome du piriforme ou à une atteinte de l'articulation sacro-iliaque. Une atteinte radiculaire vraie est plutôt évoquée si la douleur descend au-dessous du genou.
Mes deux jambes me font mal — est-ce une sciatique des deux côtés ?
Une douleur radiculaire bilatérale est un drapeau rouge potentiel — particulièrement si elle s'installe rapidement et s'accompagne de troubles sphinctériens. Consultez sans délai.
Combien de temps avant que la douleur descende moins ?
Le phénomène de centralisation (douleur qui remonte du pied vers la cuisse puis vers le bas du dos) est un signe pronostique favorable rapporté par la méthode McKenzie. Quand il survient, c'est souvent dans les premières séances. Les délais globaux sont détaillés dans Combien de temps pour soigner une sciatique.
Est-ce grave si j'ai une « hernie » à l'IRM mais peu mal ?
La NICE NG59 rappelle que beaucoup d'adultes ont des hernies discales asymptomatiques à l'imagerie. On traite un patient, pas une image : l'examen clinique prime.
Quelle différence avec une simple lombalgie ?
La lombalgie est limitée au bas du dos (et éventuellement au pli fessier). Dès que la douleur descend nettement plus bas, on évoque une atteinte radiculaire. Le pilier lombalgie est détaillé dans Lombalgie et kiné : guide complet.
---
En pratique : commencez par le quiz drapeaux rouges. Si tout est rassurant, vous pouvez prendre rendez-vous avec un kiné formé à la méthode McKenzie — la méthode la mieux documentée par la NICE NG59 et les revues Cochrane sur la radiculalgie.
Sources : NICE Guideline NG59 (2016, mise à jour 2020) ; HAS 2019 ; Inserm, dossier mal de dos ; Ameli ; Ordre des MK. Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.